MILLIMETRIK







MILLIMETRIK « Make it Last Forever »

Après plus d’une décennie à explorer les méandres et les confins de la musique électronique dans diverses directions, Millimetrik (Pascal Asselin dans son quotidien) s’était donné pour mission de se bousculer, de reprendre son cahier des charges pour dessiner une nouvelle œuvre que peu aurait imaginé de cet acabit. En effet, lorsque l’on revisite le parcours du « vétéran » de la scène électronique québécoise et canadienne, les albums ont pour lien une certaine idée de l’espace terrien sous toute ses formes, une mise en abîme lente et hautement symbolique du monde qui l’entourait

Make It Last Forever arrive donc comme un contre-pied à ses productions antérieures et place le terrain de jeu électronique en contact direct avec une certaine frange de la house syncopée, technoïde à ses heures et aventureuse plus souvent qu’autrement. Pour mieux circonscrire le cadre musical, faisons le tour de l’édifice rapidement !

Arrivé à destination ouvre le bal en mode trip hop western futuriste, multiplie les pistes et invite à l’évasion, une sorte de westworld avec la participation du duo montrélais Les Deuxluxes qu’on attendait pas du tout sous cette forme. Adoration lights secoue par son incontestable du glorieux madchester (Stones roses rencontre Tame Impala dans un remix envoûtant, grâce à la voix de Gaspard Eden). On revit par cette entremise les plus belles heures de l’Hacienda.

Zia déploie sa funky house avec sa ritournelle de bass et franky Knuckle apparaît en filigrane de cette composition dévouée au dance floor par excellence, Faux avant garde Chill them all (dj Champion), guitares. Aloha shepard fairey lorgne du côté d’Enio Moriconne en grande discussion avec les petit « jeunes » d’Odesza et Flume, synthèse surprenante d’univers pourtant si lointains et pourtant si proches.

On poursuit dans une incursion vers l’électro tribal sur Elle cherchait son Eldorado pour enchaîner avec Mémoire en panorama qui débute avec une boucle de guitare préfigurant le voyage hautement coloré et teinté de house mid tempo, décoction parfaite pour se dorer aux UV éternels d’un été sans fin. Le Dernier faucon sur les rails d’Helper, chanson habitée par une guitare au reverb entêtant pour laisser toute la place à Little Miss Roy qui vient alors combler l’espace de sa voix tout aussi féline que cajoleuse, un peu comme une de fin de soirée embrumée par les vapeurs enivrantes de cette danse lascive. 

L’album se termine sur Oljato arpeggiator, hymne mystérieux et solennel que Gesalffestein ne renierait pas. Une preuve ultime que Millimetrik aura su se mettre en danger en prenant des sentiers encore peu défrichés dans sa démarche artistique.

Au sortir de ses 9 compositions, Make it Last Forever nous procure l’envie d’y retourner encore et encore. Sorte d’état des lieux proche des axes incontournables que sont Detroit, Berlin et Paris. Comme quoi l’évolution par le changement et la transformation se révèle salutaire et vivifiante !